Les Ateliers LigéteRiens, une ressourcerie pas comme les autres
Réduire les déchets en donnant une seconde vie aux objets tout en favorisant le retour à l’emploi de personnes qui en sont éloignées, telle est l’ambition des Ateliers LigéteRiens de Tavers (41) qui viennent de fêter leurs 10 ans. Le Secours Catholique du Loiret a décidé de soutenir financièrement cette ressourcerie avec laquelle collaborent déjà ses équipes locales et qui se voit aujourd’hui dans l’obligation de procéder à une rénovation d’ampleur de ses locaux.
Comme tous les matins à 9H00 une trentaine de bénévoles, salariés et personnes en insertion professionnelle se réunissent en cercle dans le hall d’accueil. C’est l’occasion pour chacun d’exprimer son humeur du moment et aux encadrants d’attribuer aux bénévoles leurs postes pour la journée. Collecte, tri, stockage, réassort de la boutique qui reçoit quotidiennement en moyenne 400 visiteurs… il y en a pour tous les goûts. “J’ai rencontré Daniel (ancien salarié en insertion). Il va bien et vous donne le bonjour” déclare une bénévole. “Aujourd’hui, notre priorité sera de mettre en avant à l’entrée de la boutique tous nos produits relatifs à la décoration de la maison, c’est notre thématique estivale” indique Sandi Tavenard Riverais, encadrant technique. Tous les mois une thématique est choisie : en mai, c’était le bricolage et le jardinage, en juin, le sport et les loisirs, à la Saint Valentin les bijoux… C’est l’occasion de proposer des objets à des prix accrocheurs et d’assurer ainsi la promotion régulière de la boutique.
Tout à coup une bande son entraînante se fait entendre. Tout le monde se met à faire en cadence des mouvements de gymnastique sous la houlette d’un animateur transformé en happiness manager. C’est un rituel. Bien s’étirer pour bien démarrer la journée.
Pierre Rabhi et Laudato Si, genèse de cette "oasis ressource"
Bertrand et Marie-Laure Schoen, co-fondateurs des Ateliers LigéteRiens, me proposent de démarrer la visite par l’espace de collecte et de tri. Ce couple de retraités fait partie de ceux qui ont rejoint il y a plus de 10 ans ce projet associatif hors du commun pensé par Marie-Tiffany Delgado, co-fondatrice et directrice de l'association. “Bertrand et moi faisions partie d’un groupe de réflexion paroissial qui travaillait sur l’encyclique Laudato Si” se rappelle Marie-Laure. “Nous nous sommes dit qu’il fallait passer à l’action concrète. Marie-Tiffany avait repéré ces bâtiments désaffectés sur le bord de la nationale et peu à peu le projet a pris forme".
“Le dépôt des objets s’effectue chaque matin sur RV à ce point de collecte” indique Bertrand. “Nous faisons aussi des tournées de récupération avec notre camion quatre fois par semaine auprès des déchetteries des communes voisines. Nous avons passé une convention avec la communauté de communes qui nous paye cette prestation.”
Tri méthodique
Une bénévole trie sur une grande table un lot de vaisselle qui vient d’arriver. Tout ce qui est ébréché ou cassé va dans des bacs de recyclage estampillés “tout venant”, “métal”, “gravat”. On retrouve cette même catégorisation de bacs pour chaque filière : décoration maison, équipements électriques/électroniques, sports et loisirs… Tous ces rebuts partent ensuite en filières de recyclage.
Chaque objet conservé est étiqueté avec la mention de son poids, de son origine et de son état. Il est destiné à être vendu dans la boutique ouverte deux jours par semaine ou le cas échéant mis en ligne sur le site label-emmaus géré par une coopérative nationale regroupant plusieurs acteurs de l’économie sociale et solidaire.
Espace de vente “premium”
L’espace de vente est très vaste et comporte comme dans un grand magasin des rayons thématiques : prêt à porter, chaussures, arts de la table, mobilier, électro-high Tech, librairie… Le plus souvent le prix est fixé au poids. Fournitures de bureau : 3 euros/kg, outils de bricolage : 4 euros/kg… Mais parfois il dépend de la taille des objets. Ainsi un rayon bibelots affiche 3 prix, de 50 centimes à 2 euros en fonction du gabarit.
En plein milieu de la boutique, un espace “premium” est réservé aux objets de qualité, à l’état quasi neuf. Ici, des prix précis sont mentionnés à l’unité. Des meubles, vaisselles, mais aussi sacs à main, linges de maison, vêtements… y sont joliment mis en valeur.
Reprendre confiance et rebondir
Aux Ateliers LigéteRiens, on est persuadé que chaque objet, mais aussi chaque personne mérite une seconde chance. Dès 2017, l’association a créé un atelier chantier d’insertion et 6 personnes en recherche d’emploi en bénéficiaient l’année suivante. Au fil des ans, le nombre de personnes embauchées via des contrats aidés et accompagnées vers un retour à l’emploi ordinaire a progressé pour atteindre à ce jour un effectif compris entre 22 et 25 salariés en insertion.
“Ce sont des contrats de 4 mois renouvelables jusqu’à 2 ans pour 24 heures par semaine” précise Aline Ravier, coordonnatrice RH et transition professionnelle. “Nous répondons à un réel besoin car nous sommes la seule structure d’insertion par l’activité économique existante entre Orléans et Blois. France Travail, les assistantes sociales des CCAS nous envoient des personnes en chômage de longue durée mais nous recevons aussi beaucoup de candidatures spontanées”. Avec l’appui d’un spécialiste de l’accompagnement socio-professionnel, la coordonnatrice RH organise fréquemment des visites d’entreprises locales ou invite des employeurs à venir présenter eux-mêmes leur société aux salariés en quête d’un retour à l’emploi. “Ces mises en relation peuvent déboucher sur des offres d’immersion professionnelle d’une durée d’une à deux semaines. C’est l’occasion pour nos collègues en insertion de découvrir un métier ou de confirmer leur projet professionnel, voire même d’être directement recrutés à la fin de la période”.
Lors de l’anniversaire des 10 ans de la structure en juin dernier, Laetitia, une femme de 50 ans devenue veuve et n’ayant jamais travaillé de sa vie, a témoigné du rôle clé joué par la ressourcerie auprès d’elle dans ce moment difficile. Grâce à son soutien, elle a réussi à passer son permis et a décroché au bout de quelques mois un contrat en CDI à l’Hyper U de Baule.
Travaux inachevés, incertitude sur l’avenir
En 2019, l’association a fait l’acquisition de cet ancien site industriel de 3900 m² en bordure de nationale. Mais suite à une visite de l’inspection du travail, d’importants travaux de mise aux normes ont dû être entrepris.
“En 2025 nous avons été dans l’obligation de transférer toute notre activité de collecte et de vente vers l'aile opposée du bâtiment afin de pouvoir procéder dans les espaces libérés au désamiantage de 1000m2 de plafonds et au remplacement de nombreuses plaques de toiture” explique Marie-Laure Schoen. Le coût de cette première phase de travaux s’est élevé à 236 000 euros, pris en charge par la Communauté de communes Terres du Val de Loire et les municipalités de Tavers et de Beaugency.
Reste à présent à mettre en œuvre l’aménagement intérieur règlementaire de ce vaste espace (cloisonnement, électricité, chauffage…) évalué à 1,1 millions d’euros. “Nous avons obtenu le maximum de subventions possibles à savoir 60% du coût" poursuit-elle. "Nous sommes aujourd’hui dans l’attente de la réponse des banques pour un prêt de 400 000 euros ainsi que du retour de la communauté de communes et du Conseil départemental que nous avons sollicités pour nous apporter leur caution. Une fois la rénovation effectuée, nos salariés pourront bénéficier de meilleures conditions de travail et surtout nous serons en mesure d’accueillir un public extérieur pour des activités de formation, des conférences débats, des séminaires de sensibilisation à l’économie solidaire... Des ateliers collectifs de type “Repair café” ou de réfection de meubles sont aussi dans les cartons de même que des actions de mécénat de compétences pour des entreprises. Nous avons déjà accueilli dans ce cadre des géomètres qui sont venus renforcer nos équipes de salariés valoristes. Ce sera vraiment un nouveau départ pour notre association éco-citoyenne qui sera alors pleinement en capacité d’offrir un lieu unique sur le territoire en matière de transition écologique et sociale”.
Les mois qui viennent seront cruciaux pour les Ateliers LigéteRiens suspendus à la réponse des banques comme une épée de Damoclès. La réaction des élus locaux sera aussi importante. Accepteront-ils de voir fermer ce tiers lieu novateur, générateur de lien social et préfigurateur de la résilience tant attendue de notre économie ?